La guerre en Ukraine et les tensions sino-américaines remettent au premier plan la question de la souveraineté numérique en Europe. Le durcissement du RGPD et l’AI Act renforcent l’exigence de contrôle sur les données stockées et traitées au sein des infrastructures cloud.
Face à ces enjeux, plusieurs acteurs européens proposent aujourd’hui des alternatives au duopole américain, centrées sur la conformité et la maîtrise des flux. Pour mesurer les bénéfices et les limites, il faut comparer juridiques, techniques et coûts, avant d’étudier les scénarios de migration.
A retenir :
- Souveraineté juridique renforcée pour les données sensibles en Europe
- Coûts réduits à services comparables selon simulations de facturation
- Interopérabilité avec Kubernetes, Terraform et standards DevOps garantis
- Limitation d’exposition au Cloud Act pour entités publiques et privées
Souveraineté juridique et Cloud Act : impact sur l’indépendance technologique
Après les éléments clés, il convient d’examiner la portée juridique du Cloud Act et son effet concret sur les fournisseurs. La question n’est pas seulement géographique, mais liée à la compétence légale des autorités étrangères sur les données hébergées.
Comprendre le Cloud Act et ses implications légales
Ce point se rattache directement au risque d’accès extrajudiciaire par des autorités étrangères, même si les serveurs sont localisés en Europe. Selon Valentine Sanchez, les demandes d’accès extrajudiciaire peuvent concerner mails, fichiers et géolocalisation, sans obligation d’en informer l’utilisateur.
« On a une dépendance croissante, et énorme, aux technologies américaines »
Tanguy C.
Conséquences pour les données sensibles et conformité RGPD
Ce volet explique pourquoi certains secteurs demandent une séparation juridique stricte, notamment santé et justice. Le RGPD impose des garanties de transfert et de consentement qui se heurtent parfois aux obligations extraterritoriales.
Selon Le Monde Informatique, des autorités européennes étudient le déplacement de services vers des fournisseurs jugés juridiquement indépendants. Cette donne modifie profondément les choix d’architecture et le dialogue entre DSI et juristes.
À retenir ici, la dimension légale conditionne ensuite les choix techniques et financiers de migration vers une alternative européenne.
Capacités techniques : performances, services et interopérabilité
Comme la conformité, les fonctionnalités techniques déterminent l’adoption d’un cloud souverain par les équipes opérationnelles et DevOps. Les attentes portent sur Kubernetes managé, stockage fiable, IAM et intégrations avec les outils de standard.
État des services managés et compatibilité industrielle
Ce point précise quels services sont désormais disponibles chez les acteurs français et leur compatibilité avec l’écosystème mondial. Selon LeMagIT, OVHcloud a fortement investi dans le PaaS et l’IA pour rattraper son retard.
Les équipes attendent des APIs, des modules Terraform et des SLA clairs pour intégrer ces solutions dans leurs pipelines CI/CD. L’exigence technique conditionne la confiance des DSI et la faisabilité d’une migration.
Critères techniques cloud :
- Kubernetes managé avec auto-scaling et support Cilium
- Stockage objet avec chiffrement et versioning natif
- IAM et gestion des secrets compatibles RBAC
- Bases managées avec sauvegardes automatisées
Étude de cas coûts : comparaison facturée entre AWS et Scaleway
Ce sous-axe met en regard factures réelles et simulations pour quantifier l’écart budgétaire entre hyperscalers et clouds souverains. Une facture AWS réelle de février 2025 a servi de référence pour la simulation côté Scaleway.
Poste
AWS (EUR)
Scaleway (EUR)
Commentaire
NAT Gateway
800
0
Inclus par défaut chez Scaleway
Monitoring & logs
875
4
Différentiel important sur l’outillage
Transfert de données egress
748
0
Politique tarifaire différente
Montant total stack
11 054
8 126
Économie proche de 3 000 euros
« Nous avons rejoué chaque poste de coût en direct pour montrer l’écart réel »
Jiaqi W.
Migration et stratégie : risques, ROI et étapes opérationnelles
Après l’analyse technique et financière, il reste la question de la migration opérationnelle et de son impact humain. La décision dépend du niveau d’adhérence aux services propriétaires et du coût total de possession à moyen terme.
Planification, dépendances et organisation des équipes
Ce segment traite des conditions pratiques d’une migration vers un cloud souverain et des jalons nécessaires pour limiter les risques. Les équipes doivent cartographier dépendances, APIs propriétaires et scripts d’automatisation pour estimer l’effort réel.
Planification migration :
- Audit complet des dépendances applicatives
- Proof of Concept sur workloads critiques
- Formation DevOps et harmonisation des pipelines
- Phase pilote avec suivi des coûts et performances
Retours d’expérience, témoignages et recommandations pratiques
Ce point réunit retours d’équipes ayant déjà migré, ainsi que conseils concrets pour sécuriser le basculement. Selon Valentine Sanchez, le choix se fait autant sur la crédibilité technique que sur la capacité à offrir une indépendance technologique.
Indicateur
Valeur
Remarque
CA OVH (approx.)
~900 millions €
Groupe multi-activités
Cloud public OVH
154,6 millions €
Segment en forte croissance
Cloud privé OVH
~560 millions €
Activité principale pour l’entreprise
Datacenters et serveurs
38 sites, 450 000 serveurs
Présence mondiale limitée mais réelle
« Nous avons levé des fonds pour développer 40 services PaaS et accélérer la parité fonctionnelle »
Octave K.
« La migration demande du temps, mais le gain en souveraineté peut justifier l’effort »
Claire P.
Source : Valentine Sanchez, « Scaleway, OVHcloud… Le Cloud souverain français est-il une alternative crédible aux géants américains ? », 13 juin 2025 ; Philippe Ducellier, « OVHcloud se revendique en alternative crédible à AWS, Azure … », LeMagIT, 28 nov. 2023.